L’accès à ce site est un véritable défi. Pour contourner les caméras d'une entreprise voisine aux aguets, nous nous enfonçons dans une forêt dense, progressant tant bien que mal le long d’un écoulement d'eau. Il faut un goût certain pour la boue et l’aventure pour atteindre ce sanctuaire. Après trente minutes d'approche furtive, l'imposante silhouette de l'établissement se dévoile enfin, surgissant de la végétation comme un paquebot de pierre échoué.
À l'intérieur, le temps semble s'être figé dans un dégradé de tons bleutés. Des faïences aux murs écaillés, tout rappelle le faste d'une station thermale autrefois prestigieuse. Le bassin immense, pièce maîtresse du lieu, témoigne d'une époque où l'on se pressait ici pour la qualité exceptionnelle d'une eau minérale dont les bienfaits furent officiellement reconnus par Louis Pasteur en 1878.
Le voyage se poursuit dans le cabinet du docteur. Entre les instruments délaissés et l'architecture thérapeutique d'époque, l’atmosphère devient clinique, presque intacte malgré l'humidité. C'est ici que l'on réalise la chute brutale du site : depuis l'incendie tragique de son hôtel en 1985, la station a entamé une lente dérive, passant de main en main.
Si la chaîne de production d'eau en bouteille a longtemps survécu aux changements de propriétaires, le destin du lieu a pris un tournant singulier lorsqu'il fut racheté par un membre de la famille royale du Qatar. Une eau de luxe fut un temps commercialisée, ultime éclat de gloire avant que les priorités de la couronne ne s'éloignent de cette vallée, laissant le silence et la poussière régner sur cet héritage impérial.
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